Le rooibos, avenir de l’Afrique ?

Le thé est avant tout une histoire de moments de partage. Jusqu’ici, les rooibos que j’avais bus ne m’avaient pas convaincue. Et puis, j’ai été intriguée par la maison de thés africains Cape and Cape. J’ai été reçue par Maria Kockmann, bientôt Tea master (certification de la ITMA en cours), responsable de la communication et du e-commerce de la marque.
Je suis repartie conquise par cette boisson et convaincue qu’elle va être de plus en plus présente dans nos tasses. De même que les thés africains, encore méconnus et parfois méprisés, seront d’ici une dizaine d’années un beau symbole de la capacité de l’Afrique à créer et se renouveler sans cesse.  
Je partage donc avec vous ce voyage dans le monde du rooibos… de qualité.

Arbuste Rooibos

Arbuste rooibos d’Afrique du Sud

DiviniThé : Qu’est-ce que le rooibos et qu’est-ce qui le distingue du thé ?
Maria Kockmann : Le thé est fabriqué à partir d’une plante, le camellia. Le rooibos, souvent à tort appelé thé rouge. Il s’agit en fait d’un buisson qui appartient à la famille des acacias, son nom botanique est Aspalathus linearis. Il contient des tanins mais ne pas de théine.
Le rooibos a besoin de conditions climatiques très spécifiques. L’amplitude thermique des hauts plateaux est forte (entre 40° la journée à 0 la nuit).  Il pousse entre 450 et 900 mètres d’altitude sur des sols acides et sablonneux et il lui faut une certaine pluiviométrie. On l’appelle le Phoenix des plateaux car ses racines très profondes lui permettent de se régénérer malgré les feux.

D : D’où vient le rooibos ?
MK : Il s’agit d’une plante endémique qui au départ poussait de façon sauvage en Afrique du sud, autour de Clanwilliam. On le trouve du cap Nord au cap Occidental de l’Afrique du Sud.
Les écrits du botaniste Léonard Plukenet attestent qu’au 17e siècle, les populations d’Afrique australe en consommaient déjà et sûrement depuis des millénaires.
En 1929, un botaniste, le docteur Nortier mit au point une variété unique de rooibos. Cela contribua grandement au développement du rooibos dont la production doubla après la 2e guerre mondiale.
Le contexte de l’Apartheid et les sanctions de certains pays à l’égard de l’Afrique du sud limitèrent pendant longtemps sa diffusion en Europe et aux Etats-Unis. Entre les années 90 et 2006 la production a été multipliée par trois.

D : Quelle est la durée de vie de cet arbuste ?
MK : Lorsqu’il est cultivé, il vit entre 7 et 10 ans mais le rooibos sauvage peut atteindre 50 ans. Cela dépend des terroirs et des régions.

Récolte des graines des fleurs de rooibosr

Récolte des graines des fleurs de rooibos

D : Comment se présente le rooibos dans la nature ?
MK : Le rooibos a besoin de conditions climatiques très spécifiques. L’amplitude thermique des hauts plateaux est forte (entre 40° la journée à 0 la nuit).  Il pousse entre 450 et 900 mètres d’altitude sur des sols acides et sablonneux et il lui faut une certaine pluiviométrie. On l’appelle le Phoenix des plateaux car ses racines très profondes lui permettent de se régénérer malgré les feux.

Début du traitement du rooibos après récolte

Début du traitement du rooibos après récolte

D : Quelles transformations subit le rooibos avant d’arriver en magasin et dans nos tasses ?

Début de l'oxydation du rooibos à l'air libre.

Début de l’oxydation du rooibos à l’air libre.

MK : La première étape a lieu en octobre. Le rooibos donne des fleurs jaunes et chaque fleur contient une seule graine. Ces graines sont récoltées à partir de décembre et plantées dans des serres au mois de janvier. En juin, on replante les semis à l’air libre dans des pépinières. La première année, les buissons sont taillés. Puis, on attend 3 ans avant d’effectuer la première récolte, entre décembre et avril.
C’est la partie aérienne du buisson qui va être récoltée, feuilles et tiges, pour fabriquer la boisson.

Oxydation pls avancée et séchage du rooibos à l'air libre

Oxydation plus avancée et séchage du rooibos à l’air libre

La seconde étape est la transformation qui présente de nombreuses similitudes avec celle du thé. Les feuilles et tiges sont coupées par une rouleuse afin de libérer les arômes. Etalé sur 20 cm d’épaisseur, le rooibos fermente à l’air libre pendant une demi- journée. On l’arrose régulièrement. L’oxydation donne sa couleur rouge au rooibos et son parfum.

Tris, séchage du rooibos pour conditionnement

Tris, séchage du rooibos pour conditionnement

La troisième étape consiste à tamiser le rooibos et à le pasteuriser. Il peut être ajouté un arôme à ce moment-là. L’aromatisation se fait à posteriori comme pour le thé.

Pour finir, il est conditionné et emballé.
Il faut savoir que 60% de la production de rooibos est destiné à l’export.

conditionnement du rooibos pour stockage et transport

Conditionnement du rooibos pour stockage et transport

D : Quelles sont les vertus du rooibos ?
MK : Le rooibos est reconnu comme anti-oxydant et comme favorisant la digestion.

D : Quel est le temps d’infusion d’un rooibos ?
MK : Entre 5 et 10 minutes. L’avantage du rooibos sur le thé est qu’il ne sera jamais amer, même si vous le laissez infuser trop longtemps.

D : Qu’est-ce que le rooibos vert ?
MK : Il s’agit d’un rooibos non fermenté. Les feuilles sont séchées directement sans oxydation.

Rooibos vert : green mountains - Cape and Cape

Rooibos vert : Green mountains – Cape and Cape

D : Comment sont organisés les producteurs et les vendeurs de rooibos en Afrique du sud ?
MK : Depuis les années 50, le rooibos est à la mode dans les pays anglo-saxons. Cela a accéléré la production et donné naissance au consortium Rooibos Ltd qui regroupe la production des différents pays.
Le contrôle des productions livrées est uniquement visuel. Les grades sont définis à l’œil. Contrairement au thé, cela ne passe pas par la dégustation comme pour le thé. Pour obtenir un rooibos acceptable, les rooibos arrivants différentes régions et divers producteurs sont tous mélangés.

D : Vous voulez dire que toute la production de rooibos passe par le consortium Rooibos Ltd ?
MK : Oui, très peu de maisons de thé africaines sont indépendantes.
Généralement, les marques achètent la production du consortium qui arrive à Hambourg et en font des rooibos parfumés pour la plupart, sans mettre en lumière la richesse des terroirs.

D : La marque Cape and Cape travaille avec ce consortium ?
MK : Non. Nous nous adressons directement aux producteurs. Notre sélection se fait par le goût. Pour cela, nous avons fait appel au sommelier français, Mikaël Grou. Il nous a accompagnés dans la sélection des premiers rooibos, a établi une charte de qualité et formé les personnes sur place.
Pour nos rooibos aromatisés, nous travaillons avec un maitre de thé taiwanais, installé à Capetown. Nous souhaitons inscrire le rooibos comme un produit du terroir, un peu comme le vin avec les différents crus.
Pour le moment, nous proposons des rooibos nature et parfumés ainsi que des thés noir et vert d’Afrique. Nous allons bientôt élargir notre gamme de thés en incorporant des familles de thés inhabituelles dans ce continent comme les wulong, le thé blanc, le pu-erh… .

Boîtes Capes and Cape dont le motif est dessiné par des artistes africains.

Boîtes Capes and Cape dont le motif est dessiné par des artistes africains.

D : Les rooibos et thés de chez Cape and Cape sont-ils bio ?
MK :  Le label bio aurait un coût trop élevé pour nos producteurs, ce serait les pénaliser que d’exiger la labellisation de leur production, et de plus, ceci se répercuterait fortement sur le prix.

D : Comment l’idée est venue de Cape and Cape de créer une marque en France ?
MK : Les fondateurs, Gervanne et Matthias Leridon, sont au départ des collectionneurs d’art africains passionnés par l’Afrique du sud. Ils se sont intéressés au rooibos lorsqu’ils ont acheté une propriété sur place.
Ils ont créés la marque en 2014 et ont dès le départ travaillé directement avec les partenaires locaux. Très vite, ils ont décidé d’intégrer également les thés africains à leur gamme. Les thés noirs d’Afrique ont vraiment une identité spécifique et disposent d’un très fort potentiel d’élaboration de goûts variés. Les thés verts sont surprenants et de nouvelles familles se développent également…

La volonté de Cape and Cape est de promouvoir une image de l’Afrique contemporaine et dynamique, une Afrique de terroirs, loin des clichés. Nous tenons aussi à tisser le lien de ce produit de terroir avec l’art, nous avons ainsi fait appel à des artistes africains pour dessiner les motifs modernes et originaux ornant les boîtes, ou encore créer des « art collections », où des artistes africains revisitent notre packaging, et expriment ainsi l’identité de ce continent attachant.

 

Maria Koxkmann de Cape and Cape avec...

Maria Kockmann de Cape and Cape avec Maibé Gaye, Chargée de mission marketing.

 

One thought on “Le rooibos, avenir de l’Afrique ?

  1. Merci Magali pour les encouragements. On ne l’a pas encore intégré mais le thé a un sacré avenir en Afrique. La prochaine fois que nous nous verrons, je ferai une petite dégustation 😉

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