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LE THÉ ET L’ECOSSE, une vieille histoire !

Depuis une dizaine d’année, la culture du thé se développe en Europe. Pour le moment, il s’agit plus de petits jardins de thé que de grandes exploitations à fort rendement. Néanmoins, ces producteurs locaux rivalisent d’inventivité et d’ingéniosité pour adapter les théiers aux conditions climatiques d’un terroir et surtout, ils produisent des thés de qualité. 

J’ai pu le vérifier cet été, lors d’un séjour en Ecosse où j’ai visité le jardin de thé du château de Megginch dans le Perthshire.

Les Écossais et la culture du thé : une vieille histoire !

Si je vous demande ce qu’évoque pour vous l’Ecosse, vous répondrez certainement : whisky, Lochness, ou châteaux. Et pourtant, cette nation a joué un rôle majeur dans l’histoire du thé, notamment celle de son industrialisation et de son développement en Inde.

Le thé arrive en Europe au 17e siècle et dès le 18e siècle la consommation des Britanniques augmente. La Compagnie britannique des Indes Orientales se fournit alors auprès du seul pays producteur de thé connu : la Chine. Fort de son monopole sur ce commerce, l’Empire du Milieu augmente les prix à sa guise. L’Empire britannique cherche alors une alternative et étudie la possibilité de développer ses propres plantations de thés.

Robert Bruce et les théiers d’Inde

En 1823, Robert Bruce, ancien officier de marine originaire d’Edimbourg, remarque que des théiers sauvages poussent au Nord-Est de L’Inde. Les habitants de la région d’Assam les utilisent pour fabriquer une boisson. Il meurt l’année suivante et son frère cadet, Charles Alexander Bruce, également un officier de marine prend la relève. En 1836, il créé à Suddeya, la première plantation de thé en Inde, à partir de ces théiers locaux.

C’est donc grâce à lui que la variété camellia sinensis assamica a été identifiée. En s’appuyant sur les conseils de Chinois experts du thé, il développe la culture du thé en Assam.

Robert Fortune, espion voleur de thé

En 1848, la Compagnie britannique des Indes Orientales missionne Robert Fortune pour dérober des théiers et le secret de la fabrication du thé aux Chinois. Après plusieurs essais, en 1851, ce botaniste écossais transporte jusqu’en Inde des ouvriers spécialistes de la culture du thé ainsi que 20 000 théiers. Ces camellias sinensis seront plantés sur les contreforts de l’Himalaya, donnant ainsi naissance au fameux thé de Darjeeling.

James Taylor, les débuts de l’industrialisation du thé  

Né dans le Kincardineshire écossais, James Taylor est le pionnier de la culture du thé à Ceylan (Sri Lanka). En 1867, il créé à Loolecondera la première plantation de l’île.

On lui doit la norme 2 feuilles + un bourgeon qui est aujourd’hui encore un gage de qualité de la cueillette.

Il a créé également en 1872, la première machine à rouler les feuilles de thé et devient ainsi le père de l’industrialisation de la fabrication du thé.

Sir Thomas Lipton : directement du jardin de thé à la théières

En 1870, Thomas Lipton ouvre sa première épicerie dans ville natale de Glasgow. Il en ouvrira 300 autres au cours des vingt années suivantes. Grâce à un séjour à New-York, il acquiert un sens aigu du marketing qui l’aide à développer la marque éponyme. En 1889, il se lance dans le commerce du thé en contournant les intermédiaires. En un premier temps, il importe son thé d’Inde. Puis, suit à sa rencontre avec James Taylor à Ceylan, il achète des plantations. Ainsi, il contrôle toute la chaîne ; de la récolte à la distribution, en passant par l’emballage. Lipton devient rapidement une marque mondialement connue qui aujourd’hui encore inonde la grande distribution de sachets de thé.les théiers d’Inde

Des plantations de thés dans toute l’Ecosse

Si dès le 18e siècle d’intrépides Ecossais ont contribué au développement du thé, il faut cependant attendre le début du 21e siècle pour que la plante soit cultivée dans la contrée.

Il existe aujourd’hui plusieurs plantations de thé en Ecosse, les plus anciennes datant de 2007. C’est un véritable défit car les hivers sont rigoureux, le vent d’Est est violent et la saison de croissance des théiers courte ; sans parler des lapins, campagnols et cerfs qui se régalent de ce nouveau met de premier choix…

Cela n’a pas empêché une vingtaine de producteurs de se lancer dans l’aventure, dans des zones géographiques très différentes : sur un ancien lit de rivière, dans les terres, en bord de mer exposé aux 4 vents, etc.

Ces jardins de thé récents demeurent des exploitations à taille humaine. Comme pour les théiers poussant dans l’Himalaya, ceux d’Ecosse subissent un stress lié au climat qui se traduit par une grande densité des arômes dans la tasse. Cependant, comparé au rendement que permet un climat subtropical humide de montagne en Asie, la quantité produite reste faible.

Cela explique en partie pourquoi ces producteurs ont en commun d’avoir choisi d’adosser cette activité à d’autres : cultures d’arbres fruitiers ou de légumes, élevage ou agrotourisme.

Ils sont également animés par la volonté de créer un thé de qualité qui raconte la spécificité du terroir écossais.