Le thé de Noël, un incontournable de la fin d’année

Divinithe : Christmas tea de chez nunshen

La période des fêtes de fin d’année approche, avec son lot de spécialités culinaires et ses fameux thés de Noël. A nous les moments de cocooning sublimés par ces thés aux notes chaudes et réconfortantes. Exactement ce dont nous avons besoin en ce moment !

Les amateurs de thés sont souvent très attachés au thé de Noël d’une marque, au point que ce thé devient sa signature. Mais savez-vous comment sont créés ces thés parfumés ?

Pour répondre à cette question, j’ai interviewé une experte dans le domaine : Carine Baudry. Elle source des thés et créé des mélanges parfumés depuis plus de 15 ans. Heureux hasard, cette année, elle a créé un Christmas Tea pour la marque nunshen...

DiviniThé : Pour commencer, Carine, peux-tu présenter ton métier et ton parcours en quelques mots ?

Carine Baudry : Mon métier comporte de nombreuses facettes. Par mon expérience, je dispose d’une vision à 360° du thé qui commence dans la plantation, au pied des théiers pour se terminer par la dégustation. J’accorde une grande importance à la dimension sensorielle de cette boisson ainsi qu’à la relation humaine que je construis avec mes partenaires

Le sourcing, qui est la première étape de mon métier débute par des voyages d’études. Je passe du temps à tisser la relation avec les producteurs, à comprendre leur façon de travailler. La sélection des thés doit avoir du sens. Le respect des hommes qui les produisent et le respect des normes pour la culture sont primordiaux.

Aujourd’hui, je réalise ce sourcing pour nunshen. Je sélectionne donc les thés qui correspondent à l’identité de la marque et à celle ses clients. Il peut s’agir d’une épicerie fine, de boutiques ou de restaurants et d’hôtels. Je travaille en étroite relation avec les établissements de la gastronomie, notamment avec les sommeliers et les chefs étoilés qui ont des demandes plus spécifiques.

Portrait-de-Carine-Baudry, Experte en thé, fondatrice de la Quintessence
Carine-Baudry, Experte en thé, fondatrice de la Quintessence

Une autre facette de mon métier consiste à mettre en mots le thé, à le décrire pour qu’il devienne accessible et pour rendre compréhensible la particularité de chaque thé. C’est dans cet esprit que je forme les professionnels, mais également des amateurs. Mon approche sensorielle est centrée sur ce ressenti et le vocabulaire permettant de s’exprimer et de transmettre.

Le dernier aspect de mon métier est celui de la création de thés parfumés. Pour cela j’utilise bien sûr mon expérience du terrain mais également ma formation initiale de nez à l’ISIPCA de Versailles.

D : Pour créer un thé parfumé, faut-il avoir une formation spécifique et existe-t-il des normes ?

CB : C’est essentiellement une sensibilité qui va s’exprimer, accompagnée d’un savoir-faire. Il faut trouver le juste équilibre pour obtenir un thé harmonieux.

D : Les thés parfumés occupent une grande place chez les amateurs de thé en Occident, sais-tu à quand cela remonte ?

CB : Bien sûr, il existe en Chine des thés parfumés par imprégnation depuis la dynastie Song (960–1279), notamment des thés au jasmin. Néanmoins, le véritable boum a eu lieu dans les années soixante-dix, avec le développement des arômes. C’est à ce moment que sont apparus et se sont développés les thés parfumés et aromatisés.

C’est un travail qui demande de la créativité, une sensibilité ainsi qu’une parfaite connaissance des matières premières et de leurs interactions. C’est une création qui pourrait être comparée à celle d’un plat par un chef ou d’un parfum créé par un parfumeur.

D : Comment se passe la création d’un thé comme ce thé de Noël ?

CB : Cela varie selon le brief et les contraintes qu’il contient. Pour ce Christmas tea, nunshen m’a demandé de créer un thé de Noël sur une base de thé vert. J’ai décidé de créer un thé sans arômes, avec des épices.

Avant de commencer la création, je passe un certain temps à l’imaginer. Comme les créateurs dans de nombreux domaines je crois, j’imagine ce que cela va évoquer. Je me suis laissée porter par mes souvenirs d’enfance. Notamment ceux des marchés de Noël en Alsace. Dans cette région, les fêtes de fin d’année sont l’occasion de cuisiner de nombreuses spécialités, dont de délicieux gâteaux blancs parfumés à l’anis.

DiviniThé ; badiane
La badiane est également connue sous le nom d’anis étoilé

Une fois que j’ai défini ce que va contenir le thé parfumé, je commence concrètement la création. Je sélectionne les matières premières que je déguste au préalable. Puis, je les imagine en mélange. C’est donc d’abord une construction mentale.

D : Combien de versions sont nécessaires à la création d’un thé et as-tu un panel de goûteurs ?

CB : L’expérience aidant, j’ai de plus en plus en tête le résultat que je souhaite obtenir. J’ai réalisé 15 versions en tout. A l’étape de le faire goûter, il en subsistait 3. Comme cette création est arrivée pendant le premier confinement, ma famille a suivi mes créations et mes essais. Ils ont l’habitude de boire du thé et leur avis est constructif pour avancer. Bien sûr, nous avons également validé la formule finale à distance, avec l’équipe de nunshen.

D : Y’a-t-il un nombre d’ingrédients à respecter pour obtenir un thé équilibré ?

CB : Il n’existe pas de règles précises. L’objectif doit toujours être d’obtenir un profil harmonieux, en restant attentif à ce qu’il ne soit pas confusant sous prétexte d’utiliser beaucoup d’ingrédients. Chaque ingrédient apporte des notes et ensuite l’alchimie du mélange opère.  

J’avais envie que ce thé soit un nectar de bienfaits parce qu’il contient des notes qui font plaisir, rassurent et stimulent mais aussi parce qu’il est bon pour la santé. La badiane, la cannelle et le fenouil possèdent de belles vertus pour la digestion. On en a plus que besoin en cette période. On peut donc le boire matin, midi et soir !

Carine Baudry

D : Parle nous de la spécificité de ce thé de Noël…

CB : L’idée était de créer un thé sans aromes, dont la qualité aromatique était apportée par la qualité des ingrédients ajoutés. Je suis partie d’un thé vert sourcé au Népal. Il est délicat, avec des notes végétales, minérales et florales.

Je voulais proposer autre chose que l’habituelle note dominante de cannelle des thés de Noël. J’ai donc ajouté un bouquet d’épices qui nous oriente vers un univers plus réglissé, chaud et boisé. Il est notamment porté par la badiane. La cannelle et la girofle lui apportent chaleur et profondeur tout en renforçant son univers boisé.

La cannelle est une cannelle cassia. Plus sucrée que l’autre cannelle, elle va s’associer avec l’écorce d’orange et apporter un pôle gourmand. Les baies roses et le fenouil font le trait d’union vers le thé et apportent un côté plus frais.

Visuellement, je voulais que ce thé soit comme un sapin de Noël avec le vert des feuilles, le marron du tronc, les guirlandes jaunes dorées et les boules rouge.

Divinithe-Melange-Chrismas_tea_de_nunshen
Le mélange Chrismas tea évoque Noël visuellement

J’avais envie que ce thé soit un nectar de bienfaits parce qu’il contient des notes qui font plaisir, rassurent et stimulent mais aussi parce qu’il est bon pour la santé. La badiane, la cannelle et le fenouil possèdent de belles vertus pour la digestion. On en a plus que besoin en cette période. On peut donc le boire matin, midi et soir !

D : Avec quel(s) met(s) nous conseilles-tu de boire ce thé ?

CB : Christmas Tea se boit chaud mais également froid. Pour le consommer froid, il est conseiller de l’infuser à chaud et ensuite le faire refroidir. Cela permet de mieux en extraire les vertus santés et la richesse aromatique.

Pour une boisson encore plus gourmande, infusez-le dans du lait de vache ou végétal (notamment lait d’avoine). En cuisine, il parfumera vos papillotes de poisson ainsi que vos crèmes

Il est également intéressant avec une raclette de fromages à l’ail des ours ou aux cinq baies ainsi qu’avec une tomme au cumin. Il s’accorde aussi avec un cake aux épices, des fruits secs ou du pain d’épice.

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Ce Chrismas tea est également très appréciable car il possède des vertus digestives

Conseils d’utilisation du Christmas Tea

  • Température de l’eau : 80°C
  • Temps d’infusion : 4mn
  • Prix : 10€ les 100 grammes

En quoi consiste le métier d’acheteur thé ?

 

Dammann Frères organise régulièrement des rencontres avec des blogueurs et journalistes afin d’évoquer les coulisses du thé. Cela permet de rencontrer des professionnels du thé qui sont rarement sur le devant de la scène pour leur poser des questions sur leur métier. L’acheteuse thé Chine et Japon, Marine Sonié était présente. L’occasion d’en savoir plus sur cette profession, mal connue du grand public.

 

DiviniThé : Quel est votre parcours professionnel ? Comment devient-on acheteuse thé ?

 
Marine Sonié : J’ai suivi des études d’ingénieur agronome, avec dans l’idée de partir régulièrement à l’étranger. Et puis, j’ai également une passion pour le thé qui est très ancienne. D’ailleurs,  tous les projets que j’ai réalisés pour l’école étaient en lien avec cette boisson.
Puis, pour mon master d’agronomie tropicale, je suis allée en Australie : un projet de recherche de six mois qui au final a duré presque un an. Le sujet était bien évidemment le thé, plus précisément, l’impact des engrais et du climat sur le taux de caféine et de catéchine dans le thé.

 

DiviniThé : Quelles ont été les conclusions de votre étude ?

 
MS : Plus la croissance des plantes est poussée, plus elles contiennent de caféine et cela a également des conséquences sur la qualité gustative. On observe également une déperdition de la qualité gustative quand il fait très chaud et que la plante pousse trop vite.Les composants aromatiques disposent de moins de temps pour s’accumuler dans les feuilles.
Le goût d’un thé nous renseigne donc sur les conditions climatiques et la façon dont les théiers ont été cultivés.

 

 

Marie, Sonié, acheteuse thés Japon et Chine pour Dammann Frères
Marie, Sonié, acheteuse thés Japon et Chine pour Dammann Frères

 

DiviniThé : Pour en revenir à vos études, vous saviez-vous que vous vouliez travailler dans le thé en suivant ce cursus ?

 

MS : Oui, j’avais dans l’idée de conseiller les agriculteurs. Je souhaitais les aider à définir le meilleur moment pour obtenir une récolte de qualité et également les aider  à évaluer le bénéfice coût pour les quantités d’engrais.
En choisissant ce projet d’étude, j’avais en tête mon envie de travailler dans le thé. Je savais que le milieu du thé est tout petit. Je devais donc vérifier si le thé était juste une passion ou si je pouvais en faire un métier.
Mes études terminées, j’ai contacté Dammann Frères. J’appréciais cette maison en raison de leur transparence sur leur façon de procéder. Il existe des vidéos, disponibles pour le grand public, qui montrent l’usine, la façon dont ils produisent et achètent. J’ai eu la chance que ma candidature les intéresse.

 

DiviniThé : Quelle formation ont en général les acheteurs thés ?

 
MS : Contrairement au domaine du vin, il n’existe pas de formation particulière. Vous pouvez y venir de différentes manières. Mon collègue Emmanuel Jumeau-Lafond, qui est tea-blender et acheteur pour Dammann Frères, a appris le thé tout petit(*). Il a également suivi une formation de commercial.
Une autre collègue a suivi des études d’agronomie, passionnée par le thé elle connaissais bien la Chine. Vous pouvez donc y venir de différentes manières.

 

DiviniThé : Les marchés du thé sur lesquels vous travaillez, Chine et Japon, ont-il des spécificités ?

 
MS : Le thé chinois reste un domaine un peu particulier, la partie spéculation n’existe pas. Une fois le thé produit, il doit être vendu rapidement. Nous comparons donc les différentes offres, le rapport qualité prix. Si un thé devient populaire en Chine, il devient vite très cher. Nous suivons donc les tendances du marché local.

 

DiviniThé : Travaillez-vous directement avec les plantations où passez-vous par des intermédiaires ?

 
MS : Cela dépend où vous achetez. En Chine,ce sont généralement des sociétés privées ou des sociétés dans lesquelles le gouvernement chinois détient des parts.Ces sociétés privées travaillent pour leurs exploitations et parfois avec des distributeurs.
Au Japon, le système est différent. La taille des plantations reste petite, le système s’organise autour de petites coopératives. Les japonais ont également des usines, où ils vont réunir tout le thé pour le manufacturer. Le thé va ensuite être vendu aux enchères par la Japan Agriculture Cooperative.

 

DiviniThé : Et pour le thé d’Inde, comment se passent les achats ?

 
MS : Mon collègue Emmanuel Jumeau-Lafond achète les thés d’Inde et d’Afrique. Il possède un avantage pour ce marché : son père et son grand-père travaillaient déjà avec les producteurs sur place. Quand il va là-bas, il est donc reçut un peu comme un membre de la famille.
Ces marchés reposent sur des systèmes de mises aux enchères. Toutes les semaines, Emmanuel reçoit des cartons contenant les échantillons des thés qui seront mis aux enchères la semaine suivante. Il les goûte afin de déterminer ceux sur lesquels il souhaite miser et pour quel montant.

 

DiviniThé : Allez-vous souvent en Chine et au Japon dans le cadre de vos achats ?

 
MS : J’y vais pour les récoltes. L’an passé j’y suis allée 7 semaines. Fin mars, je serai en Chine pour les premières récoltes. J’y retournerai fin avril-début mai pour voir d’autres récoles. J’irai également au au Japon pour les premières récoltes.

 

 

Osmanthé d'or de Dammann Frères
Osmanthe d’or de Dammann Frères

 

 

 

DiviniThé : Quelle est la semaine type d’un acheteur thé ?

 
MS : Le travail diffère selon si  suis au siège de Dammann Frères où en déplacement.

 

Au siège je déguste de nombreux lots proposés par nos contacts.
Pour les thés que nous voulons acheter nous effectuons plusieurs analyses. Une première à la sélection, puis nous demandons un second échantillon. Il peut être prélevé dans différents sacs du thé, afin que le lot soit représentatif. Nous le goûtons de nouveau afin de vérifier que ce soit exactement ce que nous avions sélectionné. Nous examinons également la qualité des feuilles pour s’assurer qu’elles n’aient pas été abîmées pendant le voyage
Après, nous organisons l’importation.

 

Chez Dammann, je travaille également avec Aline Guglielmino-Taillefer (l’aromaticienne maison). Je lui indique les bases de thés disponibles pour réaliser des thés aromatisés.

 

En voyage, ma semaine est consacrée à des dégustations, des visites de plantations, de manufactures. Chaque usine est différente, selon ce que les producteurs cherchent à faire comme thé. J’en discute donc pour comprendre quelle est la tendance de l’année, si c’est une bonne année pour eux ou non.
Je passe également pas mal de temps à expliquer aux producteurs ce que nous recherchons comme thés. Chaque société a ses particularités : un Keemun peut être très différent d’une société à l’autre et ne pas valoir la même chose.

 

DiviniThé :  Lorsque vous sélectionnez thés nature, essayez-vous de vous adapter au palais français ?

 
MS : Le palais français n’a pas d’apriori sur le thé. Notre historique du thé reste moins long que celui des anglais, nous avons donc moins d’habitudes de dégustations. C’est pour cela qu’en France actuellement, les thés verts se développent bien ainsi que le thé blanc et les oolongs.

 

 

Dammann Frères : feuilles du thé Jardin du Luxembourg
Dammann Frères : feuilles du thé Jardin du Luxembourg

 

 

Le palais français cherche une typicité en termes de goût et d’arômes. Il n’aime pas trop l’astringence et l’amertume, il recherche des goûts assez délicats. Grâce à la culture du vin nous sommes habitués aux tannins et nous savons donc apprécier une longueur en bouche dans un thé.
Les français cherchent à connaitre le produit, la façon dont il a été récolté, d’où il vient, etc. C’est intéressant pour nous, car nous pouvons proposer des thés très divers à nos clients.
D’ailleurs, nous exportons à l’étranger le goût français pour le thé.

 

DiviniThé :  Quelle est la partie de votre métier d’acheteuse thé que vous préférez ?

 
MS : Celle où nous dégustons les thés autour d’une table avec les producteurs car ils sont très ouverts. Ils discutent de leur famille, de leur histoire et nous posent des questions sur notre pays, nos habitudes. Nous nous sentons vraiment comme des invités, dans ces moments nous dépassons le cadre des affaires pour créer un autre lien.

(*) Depuis 1949, Dammann est une histoire de famille. Jean Jumeau-Lafond et son frère reprennent la société qu’ils laisseront à la génération suivante : à Didier et Jacques Jumeau-Lafond. Emmanuel  est le fils de Jacques Jumeau-Lafond.

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Connaissez-vous le Club des buveurs de thés ?

Logo du Club des buveurs de thé

Logo du Club des buveurs de thé

 

Boire un bon thé est un plaisir gustatif mais également un merveilleux moment de partage. Cela explique sans doute les nombreuses communautés qui fleurissent sur les réseaux sociaux et permettent d’échanger des informations sur le thé : le Club Thé, la TeamTeaAddicts, T.H.E. : Tribu des Heureux Effeuilleurs, Un thé pour tous… tous pour un thé, Thé du moment, etc.
Il existe également des communautés qui ne sont pas virtuelles, comme le Club des buveurs de thés. J’ai eu la chance de croiser Sylviane Brisson, la présidente de ce club, au salon de thé International Boyan où elle était également membre du jury. J’ai donc saisi l’occasion, entre deux gorgées de thés, pour l’interviewer.

 

DiviniThé :   Comment êtes-vous venue à vous intéresser au thé ?
Sylviane Brisson : Le thé m’a toujours fasciné. Enfant, j’avais un oncle missionnaire au Maalawi. Il ne buvait que du thé et réalisait lui-même ses blends. J’étais fascinée, je trouvais cela tellement romantique.
Concrètement, j’ai commencé à boire du thé à l’adolescence, du Earl Grey de chez Twinning. Plus tard, je suis passée à un Yunnan de la Compagnie Coloniale. Puis, j’ai découvert les nids de TuoCha, en ignorant totalement ce qu’était le Puer ! Cela a duré jusqu’à ce que j’entre dans une boutique de thé nantaise et là, un monde s’est ouvert à moi. Aujourd’hui, je ne bois plus que des thés d’origine et jamais de thés parfumés.

 

Sylviane Brisson, Présidente du Club des buveurs de thé au Salon de thé International Boyan.
Sylviane Brisson, Présidente du Club des buveurs de thé au Salon de thé International Boyan.

 

D. Comment avez-vous eu l’idée de créer le Club des buveurs de thé ?
S.B. : Je n’ai pas créé le Club des buveurs de thé de Nantes mais j’y ai adhéré dès ses débuts. Je buvais depuis longtemps du thé et je pressentais un univers très riche mais sans avoir approfondi la question. Un jour, je suis passée par hasard devant une boutique de thé. J’ai franchi la porte et c’est comme ça que l’aventure du thé a vraiment commencé. Quelques mois plus tard, la responsable de la boutique m’a invitée à faire partie de l’association le Club des buveurs de thé de Nantes dont elle était présidente. Au bout d’un an, je suis devenue trésorière. Trois ans plus tard, la présidente ne souhaitant pas se représenter, je suis devenue présidente de l’association.

D. Qu’est-ce que le Club des buveurs de thé ?
S.B. : Il s’agit d’une association loi 1901, fondée en 2002. Le Club des buveurs de thé du Pays de Loire était une émanation du club de Paris qui est aujourd’hui en sommeil. (NDRL : celui de Paris a été créé en 1992 par Gilles Brochard).

 

Récolte de thé au Parc nantais du Grand Blottereau, sur la colline du Sucheon ou se tient un jardin coréen. © Club des buveurs de thé
Récolte de thé au Parc nantais du Grand Blottereau, sur la colline du Sucheon ou se trouve un grand jardin coréen. ©Club des buveurs de thé

 

D. Comment devient-on membre de l’association ?
S.B. : Il existe un entretien préalable à l’adhésion afin de comprendre si la personne va correspondre à l’esprit de l’association. L’adhésion annuelle individuelle est de 30€ et 45€ pour un couple. Nous avons également un tarif étudiant et un pour les professionnels qui ont un statut à part.

D. Qui sont les membres du club et combien êtes-vous?
S.B. : Je nous définirais comme des amateurs qui ne s’éclairent plus à la bougie mais à la lampe à huile, cherchant à progresser dans notre connaissance du thé mais de manière ludique. Nous faisons des choses sérieuses mais sans nous prendre au sérieux.
Nous sommes environ une cinquantaine en tout, avec une antenne à Strasbourg. Il existe également deux autres clubs l’un en Finlande, l’autre en Suisse à Zürich.

 

Le Club des buveurs de thé en visite aux Jardin de Gaïa
Le Club des buveurs de thé en visite aux Jardin de Gaïa – ©Club des buveurs de thé

 

D. Quelles sont les activités du Club des buveurs de thé ?
S.B. : Notre but est d’échanger sur le thé et son environnement culturel, géographique, artistique, historique, etc.
Nous nous réunissons toutes les cinq semaines. Nous organisons des dégustations de thés, fournis par les importateurs ou apportés par certains membre du club. Pour ceux fournis par les importateurs, nous les évaluons. C’est ainsi que vous trouvez parfois dans les catalogues des thés des Jardins de Gaïa, de George Cannon et autre, notre logo apposé à côté d’un thé avec la mention Premier prix du Club des buveurs de thé.

Nous proposons également des dégustations accords cuisine et thé avec Christophe Fouré du restaurant nantais Rive Gauche et également diner à thème autour du thé
Nous effectuons des lectures autour du thé. Les membres du club apportent des livres dont ils souhaitent partager des extraits et nous en discutons, autour d’une tasse, bien sûr.

 

Exemple d'accords mets thés réalisés avec le restaurant Rive gauche. Ici, il s'agissait d'un thé vert japonais. © Club des buveurs de thé
Exemple d’accords mets thés réalisés avec le restaurant Rive gauche pour le Club. Ici, il s’agissait d’un thé vert japonais. ©Club des buveurs de thé

 

L’association est par ailleurs partenaire d’expositions. Ce fut le cas pour celle consacrée aux Samourais, au Château des ducs de Bretagne, par exemple, ou celle la Soie et le Canon toujours avec le Voyage à Nantes.
Cette année, le fil rouge de l’association est la Chine. Un autre exemple d’activités : nous apprenons à faire du furoshiki (NDRL. carrés de tissu japonais pliés d’une certaine façon pour emballer des objets). Nous allons dans des musées visiter des expositions. En fait tout ce qui a de près ou de loin un rapport avec le thé nous intéresse.

D. : Vous donnez également des cours de thé ?
S.B. : Oui, je propose, au nom de l’association, des formations sur le thé, sur son histoire, des initiations aux thés, etc. Par exemple, je suis allée sur la Côte d’Azur former les serveurs dans des palaces comme le 3.14 à Cannes. Nous avons aussi aidé des restaurateurs à réaliser leur carte de thés.
Je suis aussi intervenue aussi au nom du Club dans des Ecoles Hôtelière ou des Lycées.

D. Pour finir, quel est le meilleur thé que vous ayez bu ?
S.B. : Je me souviens d’un thé de rocher (NDRL. oolong des monts Wu Yi), bu en Belgique, Aux feuilles vertes. Il provenait de théiers sauvages et qui ont pour engrais des déjections de chauves-souris. En y repensant, j’en ai encore des frissons. Préparé en gong fu, j’avais pu faire 45 infusions de ce thé !
J’ai un faible pour le Gyokuro. Je me souviens d’un Gyokuro exceptionnel. C’était lors d’une réunion du Club, des japonais nous l’avaient apporté. Ils nous ont montré ce qu’est un concours de Gyukuro de printemps. Nous avions dégusté l’infusion avec une sauce ponzu. Chacun prépare le thé, non pas pour son voisin direct mais pour celui qui est assis deux places plus loin. Cela demande donc de bien observer la personne pour essayer de comprendre son goût afin de lui préparer le thé qu’elle va aimer.

 

Théier de la Présidente de l'association Club des buveurs de thé - ©Club des buveurs de thé
Théier de la Présidente de l’association Club des buveurs de thé, qui se plait beaucoup dans son jardin nantais – ©Club des buveurs de thé

Thomas Lipton

Portrait de Sir Thomas Lipton (image empruntée à Wikimedia)

Nous avons tous – un jour ou l’autre – plongé un sachet de la marque Lipton dans une tasse d’eau bouillante. J’ai peu de chance de me tromper avec cette affirmation car Lipton est la marque de thé la plus vendue en France et le leader mondial du thé. Et pourtant, celui à qui nous devons l’existence des sachets jaunes, sir Thomas Lipton, n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. En revanche, ce self-made-man a très vite compris l’importance la publicité et l’enjeu que représentaient les nouvelles techniques de ventes…

Portrait de Sir Thomas Lipton (image empruntée à Wikimedia)
Portrait de Sir Thomas Lipton (image empruntée à Wikimedia)

L’enfance de Sir Thomas Lipton

Thomas Lipton nait en 1850, dans une famille d’origine irlandaise à Glasgow.
Il quitte l’école à 10 ans et commence alors à enchaîner les petits boulots. L’un d’eux le marquera définitivement : garçon de cabine sur la ligne qui relie Glasgow à Belfast.
Agé d’à peine 15 ans, il part pour l’Amérique où il continue d’occuper divers emplois, dont celui de vendeur dans une grande épicerie new-yorkaise. Le marchandising et la publicité commencent alors à se développer et il observe cela avec beaucoup d’intérêt.

Les débuts de sa carrière

A 19 ans, il décide de rentrer au pays. Il travaille un temps dans l’épicerie familiale avant d’ouvrir, à 21 ans, sa propre épicerie. Fidèle à la tradition familiale, il achète directement les denrées (bacon, fromage, œufs, etc.) à des producteurs irlandais, afin d’avoir des prix très abordables. Mais surtout il applique les nouvelles techniques de ventes américaines et a le sens de la publicité.
9 années plus tard, il possède 20 épiceries et 20 ans après, 300 magasins dans toute l’Angleterre. Il aurait pu s’arrêter là mais Thomas Lipton était un véritable entrepreneur.

 

Boite de sachets Lipton Yellow : thé le plus vendu en France.
Boite de sachets Lipton Yellow : thé le plus vendu en France.

Le thé : Direct from the tea garden to the tea pot.

Lorsque Thomas Lipton décide de s’intéresser au thé il a 40 ans et il est déjà millionnaire.
A l’époque, le thé est un produit très en vogue mais son prix est élitiste. Il est inaccessible à la nouvelle classe sociale émergeante.
La Chine règne alors sur le commerce du thé et impose ses prix à l’Empire britannique. Ce dernier refusant de dépendre ainsi de la Chine va introduire la culture du thé dans le nord de l’Inde, puis sur l’île de Ceylan.
En 1878, Thomas Lipton se rend donc au Ceylan. Depuis quelques années, les plantations de café qui étaient la spécialité de l’ile sont détruites par une maladie. Des britanniques, notamment l’écossais James Taylor, commencent alors à cultiver du thé dans l’ile. Thomas Lipton arrive donc au bon moment : un nouveau marché émerge et il peut acheter des plantations de thé à bas prix. Il possède également un sens de l’organisation hors du commun qui le pousse à optimiser les conditions de transport du thé des hauts des montagnes à l’usine.
En acquérant ses plantations, il applique la stratégie de l’épicerie familiale à plus grande échelle : moins d’intermédiaires pour des prix plus bas. Puisqu’il possède un réseau d’épiceries dans toute l’Angleterre, il s’appuie sur ses magasins pour vendre sa marque thé qu’il importe lui-même. En contrôlant tout le processus, de la production au point de vente final, il réalise de sérieuses économies. Autre avantage, Ceylan étant moins éloigné de l’Angleterre que la Chine, le thé arrive plus frais à destination.
Il résume très bien son commerce avec un slogan publicitaire choc : Direct from the tea garden to the tea pot.

Très rapidement le thé Lipton va être vendu ailleurs que dans les épiceries de la marque éponyme. Les prix deviennent accessibles et même les classes populaires peuvent boire du thé. Et surtout, il vend le thé en sachet individuel, ce qui est une véritable révolution.
Il conquiert également le marché américain, il a toujours conservé un lien très fort avec le pays.

Quand Thomas Lipton devient Sir Thomas Lipton

Passionné par les bateaux depuis l’enfance – à 12 ans il travaillait sur un bateau – il se lance dans la course de l’American Cup dès 1899. Il finance des challengers et la construction de leur navire. Il tente à 5 reprises l’aventure sans jamais gagner.
Il s’illustre également par ses œuvres caritatives. Les mauvaises langues diront qu’il n’était pas philanthrope mais qu’il souhaitait vivement se faire admettre par l’aristocratie britannique.
En 1897, il fit un don important à l’œuvre de charité de la Princesse de Galle qui procurait des repas aux miséreux londoniens. Il mit également ses yachts à la disposition de la Croix Rouge française durant la première guerre mondiale.
En 1898, il devient fournisseur officiel de thé de sa Majesté et 7 années plus tard la Reine Victoria l’anoblit.

Jusqu’à 51 ans, Thomas Lipton mène ses affaires autant qu’il peut depuis Glasgow, se déplaçant à Londres et ailleurs pour son travail. Toute sa vie durant, sa mère fut sa fidèle conseillère. C’est suite à son décès, suivi un mois plus tard par celui de son père, qu’il va s’installer près de Londres.
Il décide alors de transformer son entreprise anglaise en société anonyme et l’ouvre à l’actionnariat avec succès. Il reste tout de même propriétaire de la société qu’il a créée en Amérique : Thomas J. Lipton Inc.
En 1927, la société Lipton va être rachetée par un groupe et entrer dans le giron d’Unilever. Thomas Lipton alors âgé de 77 ans va alors vendre ses actions et se retirer définitivement des affaires pour se consacrer à sa passion des bateaux et à ses œuvres caritatives.