Thomas Lipton

Nous avons tous – un jour ou l’autre – plongé un sachet de la marque Lipton dans une tasse d’eau bouillante. J’ai peu de chance de me tromper avec cette affirmation car Lipton est la marque de thé la plus vendue en France et le leader mondial du thé. Et pourtant, celui à qui nous devons l’existence des sachets jaunes, sir Thomas Lipton, n’est pas né avec une cuillère en argent dans la bouche. En revanche, ce self-made-man a très vite compris l’importance la publicité et l’enjeu que représentaient les nouvelles techniques de ventes…

Portrait de Sir Thomas Lipton (image empruntée à Wikimedia)

Portrait de Sir Thomas Lipton (image empruntée à Wikimedia)

L’enfance de Sir Thomas Lipton

Thomas Lipton nait en 1850, dans une famille d’origine irlandaise à Glasgow.
Il quitte l’école à 10 ans et commence alors à enchaîner les petits boulots. L’un d’eux le marquera définitivement : garçon de cabine sur la ligne qui relie Glasgow à Belfast.
Agé d’à peine 15 ans, il part pour l’Amérique où il continue d’occuper divers emplois, dont celui de vendeur dans une grande épicerie new-yorkaise. Le marchandising et la publicité commencent alors à se développer et il observe cela avec beaucoup d’intérêt.

Les débuts de sa carrière

A 19 ans, il décide de rentrer au pays. Il travaille un temps dans l’épicerie familiale avant d’ouvrir, à 21 ans, sa propre épicerie. Fidèle à la tradition familiale, il achète directement les denrées (bacon, fromage, œufs, etc.) à des producteurs irlandais, afin d’avoir des prix très abordables. Mais surtout il applique les nouvelles techniques de ventes américaines et a le sens de la publicité.
9 années plus tard, il possède 20 épiceries et 20 ans après, 300 magasins dans toute l’Angleterre. Il aurait pu s’arrêter là mais Thomas Lipton était un véritable entrepreneur.

 

Boite de sachets Lipton Yellow : thé le plus vendu en France.

Boite de sachets Lipton Yellow : thé le plus vendu en France.

Le thé : Direct from the tea garden to the tea pot.

Lorsque Thomas Lipton décide de s’intéresser au thé il a 40 ans et il est déjà millionnaire.
A l’époque, le thé est un produit très en vogue mais son prix est élitiste. Il est inaccessible à la nouvelle classe sociale émergeante.
La Chine règne alors sur le commerce du thé et impose ses prix à l’Empire britannique. Ce dernier refusant de dépendre ainsi de la Chine va introduire la culture du thé dans le nord de l’Inde, puis sur l’île de Ceylan.
En 1878, Thomas Lipton se rend donc au Ceylan. Depuis quelques années, les plantations de café qui étaient la spécialité de l’ile sont détruites par une maladie. Des britanniques, notamment l’écossais James Taylor, commencent alors à cultiver du thé dans l’ile. Thomas Lipton arrive donc au bon moment : un nouveau marché émerge et il peut acheter des plantations de thé à bas prix. Il possède également un sens de l’organisation hors du commun qui le pousse à optimiser les conditions de transport du thé des hauts des montagnes à l’usine.
En acquérant ses plantations, il applique la stratégie de l’épicerie familiale à plus grande échelle : moins d’intermédiaires pour des prix plus bas. Puisqu’il possède un réseau d’épiceries dans toute l’Angleterre, il s’appuie sur ses magasins pour vendre sa marque thé qu’il importe lui-même. En contrôlant tout le processus, de la production au point de vente final, il réalise de sérieuses économies. Autre avantage, Ceylan étant moins éloigné de l’Angleterre que la Chine, le thé arrive plus frais à destination.
Il résume très bien son commerce avec un slogan publicitaire choc : Direct from the tea garden to the tea pot.

Très rapidement le thé Lipton va être vendu ailleurs que dans les épiceries de la marque éponyme. Les prix deviennent accessibles et même les classes populaires peuvent boire du thé. Et surtout, il vend le thé en sachet individuel, ce qui est une véritable révolution.
Il conquiert également le marché américain, il a toujours conservé un lien très fort avec le pays.

Quand Thomas Lipton devient Sir Thomas Lipton

Passionné par les bateaux depuis l’enfance – à 12 ans il travaillait sur un bateau – il se lance dans la course de l’American Cup dès 1899. Il finance des challengers et la construction de leur navire. Il tente à 5 reprises l’aventure sans jamais gagner.
Il s’illustre également par ses œuvres caritatives. Les mauvaises langues diront qu’il n’était pas philanthrope mais qu’il souhaitait vivement se faire admettre par l’aristocratie britannique.
En 1897, il fit un don important à l’œuvre de charité de la Princesse de Galle qui procurait des repas aux miséreux londoniens. Il mit également ses yachts à la disposition de la Croix Rouge française durant la première guerre mondiale.
En 1898, il devient fournisseur officiel de thé de sa Majesté et 7 années plus tard la Reine Victoria l’anoblit.

Jusqu’à 51 ans, Thomas Lipton mène ses affaires autant qu’il peut depuis Glasgow, se déplaçant à Londres et ailleurs pour son travail. Toute sa vie durant, sa mère fut sa fidèle conseillère. C’est suite à son décès, suivi un mois plus tard par celui de son père, qu’il va s’installer près de Londres.
Il décide alors de transformer son entreprise anglaise en société anonyme et l’ouvre à l’actionnariat avec succès. Il reste tout de même propriétaire de la société qu’il a créée en Amérique : Thomas J. Lipton Inc.
En 1927, la société Lipton va être rachetée par un groupe et entrer dans le giron d’Unilever. Thomas Lipton alors âgé de 77 ans va alors vendre ses actions et se retirer définitivement des affaires pour se consacrer à sa passion des bateaux et à ses œuvres caritatives.

2 thoughts on “Thomas Lipton

  1. Divinithe

    Merci Magali pour ce soutien et toujours cette touche d’humour.
    Bonne idée pour la traduction de la bio de Sir Lipton, je suis sûre que si ça intéresserait de nombreuses personnes en plus de la marque Lipton.

  2. Magali

    Encore une belle histoire et un destin fascinant ! (cet article m’avait échappé lors de sa publication, et l’ayant découvert ce matin, je l’avais gardé sous le coude pour l’un de mes pauses… thé !)
    Tu m’as donné envie d’en savoir plus. Ainsi, en faisant quelques recherches sur le net, j’ai constaté qu’il ne semble pas exister de traduction de la biographie du Sir, écrite par James Mackay (http://www.randomhouse.co.uk/editions/sir-thomas-lipton-the-man-who-invented-himself/9781780574929). Un filon que je suivrai volontiers quand j’aurai un peu de temps…

    PS : Le commentaire précédent me semble tellement « eau tiède » que j’ai envie de le contrebalancer : pour ma part, je trouve ce blog vraiment très chouette, et les sujets extrêmement bien choisis ! (nan mais c’est quoi, ces appréciations de prof frustré ?!)

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