« Dans un jardin qu’on dirait éternel » : un film sur la cérémonie du thé ?

Malgré la pandémie, les cinémas continuent de nous proposer de nouveaux films, et c’est heureux ! Vous vous en doutez, pour rien au monde je n’aurais manqué la sortie de « Dans un jardin qu’on dirait éternel » de Tatsushi Ōmori, film où il est question de la cérémonie du thé au Japon.


Adaptation à l’écran d’un best-seller

Tatsushi Ōmori s’est inspiré d’un livre paru en 2003 au Japon : Nichinichi Kore Kôjitsu. Son auteur, Noriko Morishita, a suivi une initiation à la cérémonie du thé dont elle s’est inspirée pour écrire ce livre.

Il faudra attendre 2019 pour que les éditions Marabout publient la traduction.

Le titre du film

Dans sa version originale, le film reprend littéralement le titre du livre : Nichinichi Kore Kôjitsu. Il s’agit d’un proverbe zen, généralement traduit par Chaque jour est un bon jour.

Mystère de la traduction ? Pour l’adaptation française, ce titre maintes fois cités dans le film et calligraphié surle kakimono (rouleau accroché au mur pour la cérémonie) du pavillon de thé, devient Dans un jardin qu’on dirait éternel. Est-ce une volonté de mettre en exergue l’instant présent, si important dans la cérémonie du thé, avec une expression évoquant une parenthèse temporelle ?

Peut-on apprécier ce film sans s’intéresser à la cérémonnie du thé ?

En 1993, Noriko âgée de 20 ans termine ses études sans réellement savoir qu’elle direction donner à sa vie. Suivant les conseils de sa mère elle suit une initiation à la cérémonie du thé avec sa cousine Michiko. Noriko va persévérer dans cette voie exigeante, tandis que sa cousine va prendre un tout autre chemin. Chemin au fond tout aussi traditionnel : elle va cesser de travailler pour se marier et se consacrer à sa famille.

A partir de là, le film se centre principalement sur l’initiation Noriko, sur le chemin de vie que le rituel du thé lui dévoile peu à peu.

L’humilité, la patience et la persévérance sont les ingrédients de base de la cérémonie du thé. Noriko en prend régulièrement la mesure et apprend à les accepter.

Dans une scène, on la voit préparer le thé. Elle pense avoir acquis une certaine assurance dans ses gestes mais sa seisei (maitre de thé) s’indigne d’un mouvement qu’elle effectue grossièrement depuis le début.

Les objets utilisés pour le thé différent selon les saisons et les gestes acquis ne s’appliqueront pas à la suivante. L’élève apprend continuellement et doit se réinterroger sur ce qu’elle pense avoir acquis.

Dans cette cérémonie rien n’est laissé au hasard, tout est codifié. Chaque détail est minutieusement étudié. Il mérite d’être regardé et possède un sens. Les objets du thé comme le chawan (bol de thé), le kakimono ou les namagashi (pâtisseries japonaises) ne sont jamais choisis par hasard. Ils sont liés à la saison ou à l’intention du maitre de thé. Le réalisateur Tatsushi Ōmori a très bien su saisir et nous traduire cela en images.


Le fukusa est un foulard utilisé par le maître de thé pour purifier les ustensiles. Son pliage varie selon les étapes de la cérémonie du thé… et les écoles. Généralement, celui des hommes est violet, les femmes quant à elle, utilisent des fukushas de couleur rouge ou orange.

Les saisons rythment le récit et nous montrent l’évolution de Noriko. Elles possèdent des noms qui donnent une dimension poétique au film : la saison de la rosée blanche, la saison de l’eau de pluie, la saison de la clarté et la pureté, la saison du petit froid.

Les sens de Noriko s’éveillent au fur et à mesure de sa progression dans la voie du thé. Le jour où le kakimono évoque une cascade, elle est étonnée de ressentir pleinement sa fraicheur et de l’entendre. Elle devient de plus en plus sensible au rythme des saisons. Le jardin du pavillon de thé, magnifiquement filmé prend alors tout son sens.

Au Japon, on dit que chaque cérémonie du thé est unique et ne se vit qu’une seule fois. Les règles sont immuables et les gestes, ancestraux et précis, doivent être exécutés parfaitement et humblement.

Noriko va le comprendre au fil de son initiation. C’est sans doute un des sens les plus importants de la cérémonie du thé, nous encourager à vivre et savourer pleinement l’instant présent.

La contemplation et l’introspection occupent une place prépondérante dans ce film. Si vous avez déjà assisté à une cérémonie du thé et si appréciez ce moment, vous y serez sans doute très sensibles. Si vous n’êtes pas de nature contemplative, ce film risque de vous paraître un peu long.


En conclusion

J’ai apprécié le côté immuable du sujet de ce film. Il nous montre un parcours de vie universel : une jeune fille quittant la maison de ses parents, la séparation amoureuse, la mort d’un proche, etc. Cette initiation au thé donne un sens à la vie de Noriko et les événements qui la traversent auraient très bien pu se dérouler dans les siècles passés… ou dans le futur !


La bande annonce du film

Fiche technique

  • Titre : Dans un jardin qu’on dirait éternel
  • Titre original : Nichinichi Kore Kôjitsu
  • Sortie en France : le 26 août 2020
  • Durée : 1h 40min
  • Réalisateur : Tatsushi Ōmori
  • Casting
    • Kiki Kirin, dans le rôle de Maître Takeda
    • Haru Kuroki, dans le rôle de Noriko
    • Mikako Tabe, dans le rôle de Michiko
    • Mayu Harada, dans le rôle de Tadoroko
    • Saya Kawamura, dans le rôle de Sanae

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